3 décembre 2025
Il y a des livres jeunesse qui ne racontent pas seulement une histoire : ils ouvrent une porte. Une porte vers l'imaginaire, vers la différence, vers cette part d'enfance qu'on croyait perdue.
Morbida Tralala, Le Train fantôme appartient à cette famille-là. Celle des récits où le merveilleux se mêle à la tendresse, où l'humour apprivoise la peur, et où la magie sert à parler de courage, d'identité et de transmission.
Dès les premières pages, Éric Coudert installe un univers haut en couleur : un manoir perché dans la brume, des portraits qui parlent, une marâtre terrible, et une jeune sorcière, Morbida , qui rêve de liberté. Un monde digne des contes classiques… mais raconté avec la fantaisie d’aujourd’hui.
Tout commence par une dispute à coups de sortilèges et d'éternuements, et très vite, le récit bascule dans l'aventure : un médaillon enchanté, un train fantôme, et une succession d'épreuves fantastiques. Zombies, araignée géante, serpents, fée maléfique… Mais derrière ces épreuves, il y a une quête plus profonde : celle d'une jeune fille qui apprend à se connaître, à affronter ses peurs, et à faire de sa différence une force.
L'écriture est vive, drôle, rythmée. Elle fourmille de trouvailles, de dialogues savoureux, de descriptions délicieusement grotesques. On sent la complicité d'un auteur qui parle aux enfants sans les ménager, et qui sème dans le récit des graines de confiance et de résilience.
Morbida Tralala appelle la lecture à voix haute : ses dialogues crépitent, ses onomatopées explosent (Atchoum ! Sploosh ! Tchou-Tchou !), et l'on devine qu'Éric Coudert a écrit ce texte en l'écoutant résonner dans sa tête. Chaque chapitre devient une petite scène théâtrale où les voix se distinguent, où les rires fusent.
Le livre aborde avec finesse la jalousie, le deuil, la filiation, mais aussi la solidarité et la transmission du savoir. Chaque personnage — du chat bavard au dragon un peu maladroit — porte une touche d'humanité et d'humour.
Les illustrations de Judy ne se contentent pas d'accompagner : elles amplifient, révèlent, respirent. Colorées et foisonnantes, elles font de ce livre un objet complet où texte et image dialoguent dans une joyeuse complicité.
Et parce que la magie doit être accessible à tous, Éric Coudert a pensé à tout : la police du texte, elle aussi, est magique — lisible pour tous les enfants, même ceux qu’on oublie trop souvent. Cette attention discrète mais essentielle transforme le livre en un véritable espace d'inclusion.
En refermant ce livre, on se dit que la littérature jeunesse, quand elle ose être à la fois drôle, poétique et inclusive, devient bien plus qu'un divertissement : un passage secret vers la confiance et le rêve.
Morbida Tralala – Le Train fantôme, c'est une fantaisie généreuse, un conte d'émancipation plein d'humour et de douceur, à lire le soir, à voix haute, pour entendre encore résonner le souffle du Bizarro-Express.