17 décembre 2025
Avant d’ouvrir ce livre, on croit savoir ce que c’est, l’accumulation.
Des objets. Des piles. Du désordre.
Mais Stocke Folies, de Thibaut Moinard, va ailleurs.
Il nous emmène dans un espace plus intime : celui où l’encombrement devient une manière de tenir debout.
Un livre qui n'a ni début classique, ni fin rassurante. Un livre qui ressemble à ce qu'il décrit : le chaos d'un esprit qui accumule, qui entasse, qui déborde.
On parle souvent du syndrome de Diogène comme d'un simple désordre matériel. Mais ici, rien n'est simple. Ce n'est pas une cave pleine. C'est une enfance pleine. Trop pleine.
Thibaut Moinard nous plonge au cœur de la conscience d'Alix, narrateur qui se raconte sans filtre. Enfant qui transforme des cartons Bonux en vaisseaux spatiaux pour fuir un foyer où les parents s'entredéchirent. Adulte qui accumule compulsivement, prisonnier d'un trauma initial jamais résolu.
L'écriture est brute, hachée, presque électrique. Des phrases courtes. Des néologismes. Des listes hallucinées. Comme si chaque ligne se débattait pour respirer. On entend le souffle court, on ressent l'étouffement, on comprend, sans jugement, ce que signifie vivre dans un espace psychique qui vous assiège.
Au milieu du désordre, il y a aussi des éclairs d'humour noir, une lucidité crue, et parfois une tendresse bouleversante ... pour Scooby le chien, seul témoin fidèle. Le narrateur oscille entre la chute et le sursaut, entre la honte et un courage fragile, entre la démolition de soi et la tentative obstinée de se relever.
Stocke Folies n'est pas un roman. C'est un voyage mental. Une autopsie poétique de ce que la société préfère ne pas regarder. Et dans ce miroir brutal, chacun de nous apercevra quelque chose : une peur, une faille, ou ce besoin humain de garder, de stocker, comme si les objets pouvaient combler les absences.
Ce livre ne cherche pas à plaire. Il cherche à dire. Dire l'encombrement. Dire la solitude. Dire aussi l'héritage transgénérationnel — ces fantômes de guerre qui hantent encore les caves familiales.
C'est un texte exigeant, parfois dérangeant, mais profondément humain.
Et au fil des pages, une vérité s'impose : derrière les objets qui s'empilent, il y a surtout des blessures qui cherchent désespérément une place.
Stocke Folies, c'est ça : la tentative d'un homme de mettre des mots là où la vie a mis trop de choses.