
20 mai 2026
Il y a un roman que vous connaissez par cœur.
Un homme. Une plage. Un coup de feu.
Et cette phrase qui ouvre tout : Aujourd'hui, maman est morte.
L'Étranger d'Albert Camus.
Pierre-Henri Murcia a eu l'audace d'y revenir.
Non pour le réécrire.
Pour l'infecter.
L'Écume de tes yeux, publié aux éditions Localement Transcendantes,
c'est l'histoire de Sam Roman,
acteur le plus désiré de sa génération,
qui prépare un film sur Meursault.
Et qui, peu à peu, cesse de jouer le rôle
pour le devenir.
En face de lui : Clara,
booktokuse, influenceuse littéraire,
femme qui fait et défait les réputations depuis son hameau du sud.
Entre eux s'installe une danse étrange,
un jeu de miroirs où chacun manipule l'autre
en croyant avoir le dessus.
Et quelque part dans l'ombre : Kevin,
artisan voyou, écrivain malgré lui,
qui porte au cou, en pendentif,
une balle de revolver.
La balle qui restait dans le barillet.
Celle que Meursault n'a pas tirée.
Ce roman interroge une inquiétude profonde :
que se passe-t-il quand les récits nous débordent ?
Quand un mythe littéraire cesse d'être un livre
pour circuler dans les corps,
dans les désirs,
dans les gestes ?
Murcia ne répond pas.
Il montre.
Et ce qu'il montre est inquiétant :
à l'ère des réseaux sociaux,
le meurtre devient spectacle,
le procès devient performance,
et l'acquittement,
une affaire d'image.
La langue est sèche, presque clinique.
Comme une lame.
C'est le choix juste :
Sam Roman ne ressent pas vraiment,
il observe.
Il regarde les autres désirer
depuis un endroit vide en lui
qu'il appelle liberté.
Ce roman dérange.
Il ne cherche pas à plaire.
Il cherche à poser une question que notre époque évite :
jusqu'où les histoires qu'on consomme
finissent-elles par nous façonner,
nous traverser,
nous remplacer ?
Meursault est sorti du livre.
Il se promène parmi nous.
Et il a un smartphone.
L'Écume de tes yeux, de Pierre-Henri Murcia.
Un roman qui hante.