
5 aout 2026
La Canée,
fin juin.
Le vieux port vénitien s'étire sous la lumière crétoise, entre le Centre d'architecture méditerranéenne et le théâtre Mikis Theodorakis.
C'est là, du 22 au 28 juin, que s'est tenue la cinquième édition du Festival du Livre de La Canée.
Une semaine de livres, de voix, de rencontres, au bord de la mer Égée.
Le thème, cette année : « Mondes en conflit ».
Un titre qui dit notre époque, ses fractures, ses lignes de faille.
Plus de deux cent dix intervenants, venus de dix-huit pays, pour près de cent trente rendez-vous :
tables rondes,
lectures poétiques,
projections,
concerts.
Organisé par la Ville de La Canée et la Région de Crète, sous l'égide du Parlement hellénique, le festival fait dialoguer la littérature grecque et le monde entier.
Et parmi ces voix, six auteurs francophones, dont la présence était portée par l'Institut français de Grèce.
Six écritures, six territoires, six manières d'habiter la langue.
Il y avait Caryl Férey, grande voix du roman noir français, venu présenter Grindadráp et Okavango, deux romans où la beauté du monde vacille sous nos coups.
Il y avait Maurice Attia, psychiatre et écrivain franco-algérien, avec Couleurs de la vengeance : le roman noir comme scalpel du réel.
Il y avait Éric Chacour, et Ce que je sais de toi, portrait tendre et lucide d'une famille qui se défait, d'une société qui se transforme.
Il y avait Éric Mukendi, et Mes deux papas, un livre sur la famille, la migration, le long chemin vers l'acceptation de soi.
Il y avait Nyima Marin, photographe et artiste visuel né à La Canée, de retour sur sa terre natale avec L'Adieu du Minotaure, où les images appellent les poèmes.
Et puis, je vous l'avoue avec pudeur, il y avait mon propre roman.
Alex, Je suis en train de te laisser me quitter.
Le voir vivre en grec, traduit par Kostas Dantinakis, fut une émotion que je n'attendais pas.
Ce soir-là, au Grand Arsenal, j'ai échangé avec Giorgos Chalkiadakis, Vicky Kollia, Despoina Polanagnostaki, et mon traducteur.
Entendre ses phrases glisser d'une langue à l'autre, c'est se découvrir un peu étranger à soi.
Un cadeau rare.
Alors voilà ce que je vous propose.
Dans les semaines qui viennent, je vous emmène à la rencontre de ces auteurs.
Un par un.
Un livre par chronique.
De La Canée à vos oreilles, le fil ne se rompra pas.
Six voix francophones, une île au carrefour des mondes, et cette conviction têtue : que la littérature, face aux conflits, reste une façon de se tendre la main.