
11 mars 2026
Grenoble, un matin de septembre.
Un homme fait la queue devant une université populaire, un petit papier numéroté à la main.
Il ne le sait pas encore mais sa vie vient de basculer.
Non pas vers la gloire littéraire ni vers quelque révélation fracassante.
Vers quelque chose de plus rare : le droit de se dire écrivain.
C'est cette aventure, à la fois intime et collective, que Guy Boisberranger nous raconte dans Les écrivains vagabonds.
Un récit-essai, nourri de rencontres, d'enquêtes et de sept années d'écriture partagée, qui interroge le monde du livre avec une lucidité tranquille et une tendresse combative.
Car derrière le plaisir d'écrire, il y a un mur.
Celui d'un monde verrouillé, où les holdings dictent les choix, où les libraires manutentionnent des cartons, où 97 % des écrivains ne vivent pas de leur plume.
Boisberranger ne dénonce pas depuis une tour d'ivoire. Il raconte de l'intérieur : retraité grenoblois, apprenti écrivain, vagabond parmi les vagabonds.
Mais l'essentiel est ailleurs.
Dans les voix qu'il fait entendre : Renée, pour qui écrire c'est exister. Philippe, qui ne voulait pas écrire de roman et en a composé deux. Alain, le taiseux revenu après sa capitulation. Et tous ces anonymes qui, dans les ateliers d'écriture, découvrent que les mots peuvent tenir lieu de refuge.
L'auteur convoque Annie Ernaux, Roland Barthes, Ludovic Slimak. (pause) Pour éclairer ce qu'il pressent : écrire n'est pas un privilège.
C'est un geste fondamental, vieux de cinquante mille ans, lié à notre capacité d'imaginer le monde.
Un peuple qui écrit est un autre peuple.
Ce livre ne plaide pas pour que tout soit lu.
Il plaide pour que chacun puisse écrire, se risquer à la langue, et dans cet acte de création, se découvrir enfin.
Les écrivains vagabonds, c'est un livre de résistance douce, un manifeste pour l'écriture libre, et un hommage à tous ceux qui, sans diplôme, sans éditeur, sans prix, ont osé ce geste immense : tracer un premier mot.
Les écrivains vagabonds - Le nouvel âge du livre, de Guy Boisberranger, aux Éditions L'Écrivain ordinaire.